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Le seuil de 1,20 dollar pour euro constitue une ligne rouge
information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 30/01/2026 à 13:00

Le 30 janvier 2026

(Crédits: Adobe Stock)

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Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème ! Cette célèbre phrase prononcée par John Connally, l'ancien secrétaire au Trésor de Richard Nixon, en 1971 au moment du décrochage du dollar de l'étalon or, nous revient en pleine figure. En milieu de semaine, l'euro a franchi la barre de 1,20 dollar. Un seuil critique qu'il vaut mieux ne pas dépasser. Ces derniers jours, l'euro est parvenu à refluer sous ce niveau, mais l'alerte a été chaude. Depuis la création de l'euro fin 1999, ce niveau a été franchie exactement sept fois sur une durée de plus de trois mois. Et à chaque fois, les valeurs européennes y ont laissé des plumes. Ce fut notamment le cas en 2003, avec une poursuite de la baisse du CAC 40, alors que Wall Street s'était totalement remis de la crise des valeurs « tech » et des attentats du 11 septembre. En 2008, le CAC 40 a aussi payé cher la chute du dollar. Même chose au cours du second semestre de 2011 et, bien sûr, en 2018. La rechute du dollar fin 2020 n'a pas duré assez longtemps pour casser la remontada « post-Covid » des valeurs européennes.
Ce rappel historique montre combien le seuil d'un euro à 1,20 face au dollar peut gravement nuire à votre « santé » financière. A partir de ce niveau, la devise américaine, dans laquelle est facturé l'essentiel des échanges internationaux, commence à sérieusement pénaliser les entreprises européennes les plus présentes à l'exportation. Le cas de LVMH est, de ce point de vue, emblématique. Sur la baisse de 1,8 milliard d'euros du résultat opérationnel intervenue en 2025, un milliard serait imputable aux seuls écarts de change. Ce trou d'air est en grande partie responsable de la chute de 8% du cours de Bourse du leader mondial du luxe, le jour de la publication de ses comptes annuels.
Nul doute que la parité euro/dollar fait désormais partie des variables incontournables qu'il faudra suivre comme le lait sur le feu, au même titre que les annonces de la Fed et de la BCE, les chiffres de la croissance mondiale ou encore les sautes d'humeur de Donald Trump. Dans cette affaire, le président des Etats-Unis, il en est justement question, puisque l'affaiblissement du dollar fait partie de ses priorités. Le recul du billet vert, déjà alimenté par les trois baisses des taux directeurs réalisées par la Fed en 2025, s'est accéléré en janvier avec l'anticipation par le marché de deux réductions supplémentaires cette année. Les craintes sur l'indépendance de la banque centrale américaine alimentent, elles aussi, une certaine défiance à l'égard du billet vert.

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L'aléa monétaire auquel le marché est aujourd'hui confronté, nos portefeuilles en ont déjà fait les frais. La baisse du dollar a eu un impact direct sur la performance de notre sélection d'ETF Monde dans laquelle nous avions consacré une large part aux trackers Amundi indexés sur le Nasdaq et le S&P 500. D'un point de vue purement directionnel, notre stratégie ayant consisté à privilégier les deux principaux indices de la Bourse de New York était la bonne, mais le recul de la devise américaine a mangé plus des deux tiers de la performance une fois celle-ci convertie en euros (sur les douze derniers mois, le Nasdaq a progressé en 20,4%, mais le dollar a reculé de près de 13%). L'impact des variations monétaires explique que notre sélection Monde n'ait rien fait en janvier. Après avoir fortement diminué à la mi-janvier les positions sur l'ETF Amundi CAC 40, cette semaine, nous avons réduit les lignes consacrées aux ETF indexés sur le Nasdaq et le S&P 500.
Comme le montrent les graphiques ci-joints, tous nos portefeuilles résistent, malgré tout, très bien au glissement des valeurs françaises passées en territoire négatif depuis le 1er janvier (-0,96% pour le CAC 40). Nos meilleures performances reviennent à nos deux portefeuilles de détention d'actions en direct, l'Offensif et le Défensif, avec des gains respectifs de 6,45% et 4,02% sur le mois écoulé. Sur chacun d'eux, nous avons procédé cette semaine à plusieurs arbitrages ayant consisté à réduire la part des actions françaises les plus susceptibles de souffrir de la baisse du dollar. Dans le Défensif, après avoir vendu le 19 janvier huit actions Hermès International et autant de LVMH, nous avons cédé 100 actions Danone, 30 Airbus et 10 Christian Dior. Dans l'Offensif, la position Airbus avait déjà été réduite de 25 titres à la mi-janvier. Cette semaine, nous avons liquidé la ligne Kering et vendu 100 actions Renault, non pas à la suite des variations de change, mais en raison d'un risque de durcissement de la concurrence sur le marché automobile européen. Deux valeurs moyennes, aujourd'hui moins recherchées, ont également été vendues, il s'agit d'Exosens et de Medincell.

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Quelle stratégie pour le mois de février ? Le seuil de 1,2 dollar pour l'euro ne doit pas être considéré comme un repoussoir, mais comme un niveau d'alerte à surveiller de près. L'expérience montre que le vrai danger se situe dans la durée, notamment en cas de franchissement de cette « ligne rouge » au-delà de trois mois. En 2025, la baisse graduelle du dollar n'avait pas empêché la cote européenne de progresser, parce que le seuil critique dont il est aujourd'hui question n'avait pas été franchi. En revanche, les tensions monétaires ont été à l'origine de la stagnation des profits des sociétés de l'indice Stoxx Europe 600 en 2025. Si le problème persiste, il risque fort de conduire à une révision à la baisse des attentes bénéficiaires pour l'année en cours (plus de 11% en moyenne à ce jour). Bien que les multiples de capitalisation de la cote européenne n'égalent pas les sommets atteints à Wall Street, une multiplication des coupes sur les estimations de profits de nos entreprises serait très dommageable.
Pour l'heure, il y a toujours plus à gagner à rester investi, qu'à sortir précipitamment du marché. Les liquidités que nous avons dégagées ces derniers jours nous permettront d'envisager de nouveaux redéploiements en direction des valeurs appartenant aux secteurs des semi-conducteurs, de la banque, de la pharmacie et de l'énergie. Un éventuel redressement du dollar, notamment à l'aube des changements attendus à la tête de la Fed, pourrait aussi nous inciter à revenir sur les valeurs exportatrices ayant subi une trop forte correction.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine

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